Nuée
Emmanuelle Huynh
En 2021, Dance Reflections by Van Cleef & Arpels apporte son soutien à Nuée, la nouvelle création d’Emmanuelle Huynh, présentée dans le cadre du Festival d’Automne à Paris 2021.
La nuée est une forme et un corps – gazeux, solide et liquide à la fois : une formation atmosphérique gorgée d’eau. C’est une rétention et un ruissellement ; une zone de pression qui peut se charger d’électricité, fondre en pluie, éclater en orage. Eau, électricité, formes, accumulation, disparition : la nuée est un corps, un nom, un héritage et une question.
À partir de la succession d’images, de généalogies, d’énigmes enroulées autour de ce nom – celui de son père, Huynh Thanh Vân, signifiant « nuage bleu » –, trait d’union entre deux mondes – le Vietnam et la France –, Emmanuelle Huynh a mené un processus d’enquête, à la fois en elle et vers le dehors. Nuée est le fruit de cette enquête faite de points, de pointes, suivant un tracé aussi invisible et sinueux que celui des méridiens d’acupuncture – à la recherche des lignes de force qui structurent son corps de danseuse.
À partir d’images et de questions autour du nom de son père – Huynh Thanh Vân, Nuage bleu – Emmanuelle Huynh a mené une enquête, à la recherche des lignes de force qui structurent son corps de danseuse.
Entre le Vietnam et la France, elle trace un fin liseré qu’elle parcourt en cherchant à comprendre les cheminements, les points d’ancrages, les nœuds – tout en adressant ses gestes à la multitude de voix et de corps qui la constituent. Nuée dessine ainsi une carte sur laquelle circulent des énergies, des réminiscences, où s’articulent des phrases – dans la bouche, les membres, la peau. À la jonction du corps et du plateau s’invente un territoire hybride – comme le « dépays » cher à Chris Marker. Sculpté par la lumière et le brouillard, le corps d’Emmanuelle Huynh effectue une compression d’états, de symboles, comme autant d’idéogrammes physiques malaxés par la mémoire.
Faisant sien le concept de « destinerrance », élaboré par Jacques Derrida pour décrire la destination incertaine de toute adresse, elle disperse des traces, transmet des signes, et éparpille une « image de soi » en un archipel d’altérités.
Gilles Almavi pour le Festival d'Automne à Paris, 2021.